Ca fait longtime

juin 12, 2008

Ca faisait longtemps que j’avais pas écrit ici. Alors mon projet. J’avais pas envie de travailler, pas d’idée, pas de motiv surtout. Moi je travaille pas si j’ai pas envie. Mon sujet, il va changer. Les gens, j’men fou, trop des bollos pour comprendre quoique ce soit. Peu importe ce que vous penserez, j’men sort toujours   ; )

Donc le projet va changer. Toujours sur le quartier, mais là c’est moi qui vais parler. Parler des gens, parler du quartier, de ce qui marche, de ce qui deconne, mais de mon point de vue. Vous en serez plus demain, ce soir c’est maxi dévellopement.

 

Le projet tend à être une intervention dans la rue, sur la matière. Il va se faire avec la participation des habitants, mais sans celle de la mairie (Trop de démarches, de temps, pas forcement accepter, compris, etc…). Il est question de créer quelque chose, un espace qui attire l’oeil des gens, qui les faits réflechir, débattre entre eux dans leur propre quartier sur leur quartier.

 

Lieu : Le lieu d’action sera la Dalle Louvois. C’est l’endroit central du quartier. Au coeur des habitations, c’est ici qu’est regroupée la quasi totalité des services.

http://www11.mappy.com/sidxiAuidXzv2PMn21w/cFGM?recherche=0&posl=poi&show_poi=0&show_iti=0&poix=0&poiy=0&poi_rr=0.5&poi_rx=0.6&poi_ry=0.5&csl=poi&fsl=m2&gsl=m2&msl=m2&temp_no_prop=0&comment=&xsl=plan&out=2&lr=0.5&force_radius=&wcm2=&nom2=&tcm2=&a10m2=&xm2=&ym2=&wnm2=Louvois&tnm2=v%C3%A9lizy&pcm2=78140&scm2=&ccm2=250&com2=EU&x=28&y=2

 

1ère action : Je veux faire participer les gens. Qu’ils me donnent leur avis. Ils connaissent mieux que quiquonque l’endroit où ils vivent. C’est eux qui en parlent le mieux. Et puis, ils seront les premiers spectateurs. C’est eux que l’on doit toucher.

Action pour le faire :

- Distribution d’un questionnaire

-Affiches dans les halls

- Panneau de suivis

 A partir des informations que nous recolterons, nous auront beaucoup de matière pour travaillez et en tirer le plus interessant.

 

Ouverture : Nous avons vu qu’on pouvait parler du quartier, comme du prolongement de notre maison. C’est comme une veranda commune, un hall d’immeuble. C’est là où la collectivitée prend vie.

Franck Seka a fait une remarque très interessante. Je lui avais dit que nous avions à disposition une forêt et des espaces verts, et que celà était dommage que l’on ne s’en serve pas assez. Il a alors évoqué l’idée que cette forêt pourrait être le jardin de cette maison. J’ai gardé cette idée sur un bout de papier.

Et mes recherches on avancés. J’ai pensé que, quitte à faire participer les habitants, pourquoi ne pas les afficher. Que ce soit eux, qui d’une certaine manière, intervienne. En récoltant les questionnaires, ils me diront ce qu’ils pensent. Alors pourquoi ne pas utiliser leurs paroles et leurs images. On créerait es images “post-it”, où leurs paroles illustrerait la situation du lieu où sera posé l’image.

Lorsque les gens passeront devant, le lieu de l’action ajouté au message dit, portera à reflechir, et à atteindre les habitants.

Et là m’est réapparu l’idée de Franck. Je me suis dit: “Ces images sont une ouverture. Une ouverture à penser. Et chez soi, qu’ouvre-t-on? Des fenêtres. Et si on ouvre la fenêtre, que voit-on? Le jardi. Ce jardin est la fôret. Alors illustrons les gens dans leur jardin, qui parlent de leur maison.

 

Cette partie est appelée conceptuelle. C’est la ligne de conduite de mon travail, qui servira à créer l’action. Cet action est mon projet.

Pour le jury, je dois rendre une version “Print”, et une version “Web/Multimédia”. La partie Print sera des panneaux où seront affiché mes actions, plus un livret du projet. La partie Web sera un minisite évenementiel sur le projet. Un version “écran” du livret en quelque sorte.

 

Malte Martin

mai 21, 2008

Vit et travaille à Paris. Graphiste et plasticien, il anime un atelier graphique qui explore tous les domaines de la création contemporaine : théâtre, danse, musique, cinéma. Ses influences sont multiples. Il débute son parcours par une formation «Bauhaus», à Paris, avant d’intégrer les Beaux-Arts et entrer dans l’atelier Grapus. Aujourd’hui, il poursuit son voyage dans le monde visuel avec son atelier graphique et Agrafmobile. Il a réalisé des créations pour le Centre Georges Pompidou, le Théâtre de la Commune, le Théâtre 71 Malakoff, l’Ensemble 2e2m, la Fondation Royaumont, le Festival art et essai d’Aubervilliers, la Triennale de Milan, Amnesty International, le Théâtre de l’Athénée, etc.

Malte Martin essaye de transmettre une certaine fraicheur, de la spontaneité. Il utilise la photo et les mots pour évoquer les émotions. Il est très attentif à l’émotion du regard crée par ses instalations.

 

Quelques projets de Malte Martin

Onzes délires:  Le projet Onze Délires ! a été développé dans le 11ème arrondissement de Paris à l’occasion de Lire en fête en 2003 et 2004 par Malte Martin avec son association Agrafmobile. Avec ce projet, l’artiste propose un envahissement poétique de la ville, et ce dans les moindres recoins urbains ou quotidiens : « ce réinvestissement des espaces publics par les mots est une tentative de lire la ville autrement, de retrouver une sorte d’agora poétique où les murs restituent des textes qu’ils ont inspirés ». À partir de onze textes historiques et contemporains sur le territoire, Malte Martin a créé onze délires graphiques en mettant en scène des supports très variés : papiers d’emballages, posters, journaux, etc. La compagnie de spectacle vivant Les Souffleurs a également été intégrée au projet. Vêtus de noirs et dôtés d’un parapluie ainsi que d’un grand tube, les acteurs de la compagnie soufflaient des poèmes dans l’oreille des passants. Malte Martin a ainsi envahi l’espace quotidien des habitants du 11ème, enthousiastes à la vue de cette mise en poésie du quartier. Une habitante déclare : « Dans la rue, dans Paris, on ne s’attend pas à ça ». Une passante : « On a vraiment besoin de poésie, pas pour survivre, pour vivre ».

Magenta Ephémère: Le projet Magenta Ephémère a été initié en 2005 et 2006 par la ville de Paris à l’occasion de la fin des travaux du boulevard Magenta dans le 10ème arrondissement. Plusieurs artistes ont été invités à investir le boulevard, dont Malte Martin. Celui-ci a proposé une tour de Babel de mots-affiches sur laquelle étaient collés, en grand format, des citations, questions, réflexions ou commentaires relevés dans le quartier, ou de l’artiste lui-même. On pouvait lire par exemple : « mais ce n’est pas normal, monsieur, après cinq ans qu’on ait toujours pas de papier », « dans une ville on n’est jamais perdu ». Chaque semaine, ces affiches ont été remplacées par de nouvelles, donnant lieu alors à un véritable dialogue avec les passants. Après avoir affiché ces posters en couleurs, Malte Martin a finalement choisi le noir et blanc afin de créer une rupture avec les couleurs habituellement utilisées par la publicité.
La stratégie d’intervention dans l’espace urbain de Malte Martin est celle de la « basse tension » : il s’agit de proposer des signes qui « parlent moins fort » que les signes commerciaux et que le mobilier urbain, et de les mettre en scène. Est ainsi créée une véritable scénographie urbaine qui concourt à rendre à nouveau l’espace public. La ville ne s’exprime plus seulement sur le ton de l’autorité ; elle se transforme en un espace de questionnements et d’interrogations où s’affiche la parole des habitants, des citoyens.

TAKALEFAIRE: La deuxième phase de la résidence de graphisme d’agrafmobile avec Malte Martin et Cécile Attagnant propose de brosser un tableau de l’activité citoyenne des habitants de Chaumont à l’horizon du centenaire de la loi de 1901 qui a créé cette liberté pour tous : s’associer pour agir ensemble.

“Faire émerger l’imaginaire de l’activité citoyenne et associative. Notre souhait est d’aller à la rencontre des associations de Chaumont, de ceux qui les font vivre, d’écouter leurs récits, leurs motivations, leurs cheminements, pour inspirer une série d’images-pictogrammes qui composeront la galaxie des ‘engagements associés’ de cette ville. Mais notre envie porte aussi sur les énergies qui émergent, les initiatives qui ne prennent pas encore la forme d’une association, bref les ‘engagements imaginés’, ‘rêvés’, de ceux qui feront bouger la cité demain.
Présence et visibilité dans les quartiers, dans toute la ville.
L’imaginaire des activités citoyennes pourra se déployer dans toute la ville. Toutes les images-pictogrammes créées seront représentées sur la fresque centrale, mais prallèlement des supports décentralisés investiront les quartiers comme les cubes habituels et des cubes illuminés et sonores. Chaque association, chaque citoyen qui a participé à l’élaboration d’une image est invité à aider à la diffusion des supports dans la ville.
Synergie avec la programmation culturelle pendant le festival
Il me semble intéressant voire même passionnant de travailler sur l’interconnection de différentes expressions artistiques et dans le même mouvement, d’offrir de nouvelles possibilités pour découvrir les créateurs et leurs œuvres dans la cité :
Musique&images (projetées ou animées), danse ou théâtre & images (scénographiées) peuvent être des croisements féconds. Dans cet esprit un parcours sonore accompagnera les images installées dans la ville.”

 

Extrait de : http://www.polyculture.org/lien9.asp

 

Une résidence d’artistes, de graphistes dans une ville comme Chaumont c’est d’abord des rencontres. Une multitude de rencontres pour croiser le chemin et les regards de ceux qui y habitent. Alors l’image sous toutes ses formes, visuelle, sonore, gestuelle devient ma projection, ma mémoire de ces rencontres.

Dans mes bagages pas d’exposition toute prête à déballer, pas d’image toute faite de cette ville. Ce que j’apporte ce sont des questions : “Quoi de neuf, Denis ?”. Même l’incitation insolente “takalefaire” contient des questions : “Mais quoi ? comment ?”. Un véritable “théâtre des questions”. Des questions qui peuplent nos rencontres. On réagit, on affirme, on doute, on se tait et parfois même on répond et puis…je repose une question.
La création se fait dans cet aller-retour.

Les images qui émergent dans ce processus, donnent la parole, permettent de parler de soi et des autres, de notre rapport au monde. Des images parfois capables de révéler ces moments rares où l’on parle de ses espérances secrètes, ses rêves qu’on décide de partager. De les mettre sur la place publique, là où d’habitude, il n’y a que des signes administratifs ou des messages commerciaux.

Mon envie, c’est de recréer un espace public libre, ouvert, accessible, une sorte d’agora par ce théâtre visuel, qui se construit d’abord dans la relation entre l’artiste et les habitants, et investit ensuite l’espace urbain. Celui ou celle qui participe expose un point de vue, s’expose aussi, prenant le risque d’autres points de vue.

C’est cette redécouverte du rôle émancipateur de l’image qui m’intéresse, qui donne la parole au lieu de l’étouffer. Une tentative de reconquérir l’espace public comme espace d’imagination appartenant à ceux qui y vivent, donnant à voir par ceux qui y habitent.
Installer les visages des jeunes chaumontais portant des citations de Diderot, c’est les laisser investir avec cette présence forte leur propre ville. C’est pouvoir se promener dans la ville en rencontrant des visages humains. Des visages d’ici. Et non pas des sourires qui finissent avec un appel à acheter. Des regards plutôt discrets, une lèvre mordue, un sourire timide.

“takalefaire”, le projet de la deuxième phase de la résidence, va essayer d’investir la ville encore plus largement avec cette vision : remettre le graphisme dans la rue, découvrir la création contemporaine là où on ne l’attend pas, permettre aux citoyens de prendre la parole…par l’image.
Malte Martin

Gilbert Petit

mai 21, 2008

Ses oeuvres sont majoritairement visibles sur les murs de la ville de Bagnolet (93). Contrairement à la majorité des graffeurs, il a choisi comme signature son nom de famille dans le but de se faire identifier, ou « d’exister en tant qu’individu ». Ainsi, il est beaucoup plus probable qu’une personne ayant identifiée son
travail le retrouve. Dès le début de sa carrière, Gilbert s’est intéressé au logo, parce qu’il écrivait mal, dit-il. Ainsi, il s’est approprié un chien logotypé qui est encore présent dans tous ses graffitis. C’est devenu, pour lui, un geste mécanique. Il joue avec lecontexte, là où l’emplacement de l’oeuvre prendra tous son sens sur le mur. Pour cela, il entreprend des repérages préalables des lieux afin de trouver celui qui accueillera le mieux son graffiti. Il identifie tout d’abord un espace, un mur, une affiche, un abribus, puis il va jouer avec le support et son contexte. Cela va donner un petit chien en bas du mur pour capter le regard du passant ou encore un chien qui répond à une publicité. Il pense que la rue est à tout le monde, et pour cette raison, cherche à entrer en dialogue avec la ville au travers de son graffiti.

L’homme blanc

mai 21, 2008

 Le 16 janvier 1983,Jérôme Mesnager a inventé l’Homme en blanc qui recouvre maintenant les murs de Ménilmontant et de Belleville. Muni d’un pinceau, Mesnager « badigeonne » Paris en un rien de temps. L’homme blanc se multiplie dans les rues de Paris et ne tarde pas à se faire remarquer par la plupart des parisiens. À un endroit précis, la silhouette blanche de Mesnager regarde vers le ciel, à un autre elle est endormie. Elle dort, elle travaille, elle voyage. En un mot, elle vit. Le personnage de Mesnager n’est autre qu’un symbole d’humanité, sur des surfaces désertes et inanimées. Le passant peut alors suivre les traces de son personnage : où se promène-t-il ? que fait-il ? Qu’il s’agisse du Bonhomme blanc ou de l’Homme Noir de Némo, ces personnages deviennent alors les habitants de ces murs, de la ville, fait ainsi partie de l’environnement du passant qui les côtoie quotidiennement. Par leur présence, ils redonnent de la vie à ces murs et friches abandonnés que plus personne ne regarde. Jérôme Mesnager déambule dans les rues, de jour comme de nuit, afin de comprendre la composition de l’espace, son sens, les rythmes et les couleurs. Ainsi l’artiste souhaite découvrir les endroits cachés, secrets, les souvenirs qui hantent les lieux, leur potentiel suggestif, poétique et symbolique : découvrir ce qui ne se voit pas, ce qui ne se voit plus.

 

Dossier documentaire réalisé à partir de rencontres organisées par le Master Culturels dans l’Espace Public Université Paris I Panthéon-Sorbonne, en partenariat avec Hors les murs.

www.art-espace-public.c.la

Ceci n’est qu’une sélection du dossier documentaire. Le dossier complet est téléchargeable sur le site.

 

« L’espace est un doute : il me faut sans cesse le marquer, le désigner ; il n’est

jamais à moi, il ne m’est jamais donné, il faut que j’en fasse la conquête. »

Georges Perec, Espèces d’espaces

 

Affiches, enseignes, panneaux, mobilier urbain : la ville est saturée de signes de

toutes natures avec lesquels les artistes intervenant dans l’espace public doivent

composer. Quelles stratégies développent-ils pour être visibles, lisibles,

audibles ? Détournement, redoublement, infiltration… ? Comment se jouent ces

rencontres entre signes d’artistes et signes de villes ? Comment sont-ils perçus et appropriés par les différents usagers de la ville ? Quelle lecture en font les différents usagers de la ville ?

 

 

Qu’est-ce qu’un signe ?

Le signe

n.m (lat. signum) :

• Mot, geste, mimique, etc., permettant de faire connaître, de communiquer : se parler par signes.

• Unité linguistique constituée de l’association d’un signifiant et d’un signifié.

• Représentation matérielle de quelque chose, ayant un caractère conventionnel : signes de ponctuation.

Syn : indice, marque, symbole…

 

La sémiotique tente de comprendre le fonctionnement du signe, la construction du sens et de la signification.

 

Selon le philosophe américain Charles Sanders Peirce tout est signe, tout est

sémiotique. Et si tout est signe, connaître, c’est reconnaître des codes qui émergent sans même que nous y prêtions attention. Pierce propose un schéma triangulaire qui suppose une circulation entre le signe, son objet et l’interprétant. Ce dernier n’est pas le sujet récepteur mais plutôt « le sens qui peut être une idée, une réponse émotionnelle, une action ou un comportement au travers lequel le signe se trouve momentanément traduit. »2 L’interprétant serait le point de vue permettant de rapporter tel signe à tel objet.

Pierce prend davantage en considération l’indice et l’image en tant que manière de penser. L’image se situe alors au carrefour des autres façons de faire signe et tend d’ailleurs à prendre une place prépondérante dans nos sociétés.

 

 

 

Comment la ville devient une « jungle » de signes ?

La ville contemporaine est saturée de signes. Dans les rues, sur les places, sur les abribus, tout au long des « entrées de ville », sur des panneaux publicitaires, sur les vitrines de magasins, au sol, sur des supports réservés à l’information municipale, sur des affiches diverses et variées… Tous ces signes se développent dans l’espace public sans que l’on puisse en maîtriser la croissance : le moindre centimètre de mur ou de sol nu se verra très rapidement envahi par ces plantes voraces. Mais de quoi se nourrissent-elles ? À force d’envahir l’espace urbain, elles engloutissent des lieux qui pourraient être ceux de l’opinion publique, de l’expression des habitants. À ces signes informatifs ou publicitaires s’ajoutent ceux d’artistes qui tentent de trouver leur place dans cette jungle. Les signes d’artistiques ne sont-ils que des éléments supplémentaires de cette jungle ou, au contraire, concourent-ils à recréer des espaces d’expression libre ?

 

 

Comment les signes artistiques parviennent-ils à s’insérer

au sein de cette jungle urbaine ?

Le premier problème auquel se trouve confronté l’artiste agissant dans l’espace urbain est la visibilité et la lisibilité de son oeuvre parmi cette multitude de signes. Comment l’artiste peut-il attraper un regard ? Cette recherche de visibilité et de lisibilité se traduit au travers de modes opératoires très variés : s’inscrire dans le cadre d’une commande publique reconnue et validée par les institutions ou au contraire agir dans l’ illégalité, s’infiltrer ou s’exposer, s’implanter sur les murs, les sols ou les véhicules de transport, s’inscrire dans la pérennité ou dans l’éphémère, etc. Chaque artiste développe sa stratégie, inspirée par le contexte même de la ville qui devient alors une source inépuisable d’envies et d’expériences. De quelle manière l’artiste investit-il l’espace urbain ? Quelles techniques utilise-t-il ? Pour quels objectifs ?

 

Quelles réceptions ?

« La singularité d’une oeuvre dans l’espace urbain ne peut être pensée de la même manière que dans un musée : elle ne s’expose pas seule au regard public, elle tient d’abord aux relations qu’elle active avec l’environnement. »3 Cette phrase de Daniel

Buren traduit le second enjeu de l’artiste urbain : comment faire que le passant devienne spectateur de l’oeuvre ?

Se poser la question du spectateur, c’est se poser la question du sensible dans

l’espace public. Peut-on parler d’adhésion, de refus ou encore d’indifférence face à un signe d’artiste dans l’espace urbain ? Qu’est-ce que cela implique ?

 

 

 

Différents modes opératoires d’intervention urbaine

Face aux multiples signes déjà présents dans la ville, graphistes, grapheurs, tagueurs et autres artistes, usent de méthodes variées pour faire que leurs oeuvres soient visibles aux yeux des passants, pour redonner vie à des espaces abandonnés ou encore pour dévoiler un message aux habitants.

La répétition ou l’accumulation d’un signe ou des dessins aux traits minimalistes, la recherche de reconnaissance et d’identification, le détournement de mobiliers urbains ou d’affiches publicitaires sont des modes opératoires, pour ces artistes de la ville, utilisés à des fins d’intervention ou d’infiltration de l’espace urbain.

 

 

 

L’art public

offert au public in situ plutôt que dans un musée, placé dans des lieux qui ne sont pas toujours valorisés culturellement, l’art public touche à la cité dans son ensemble. Il fait entrer l’art dans un champ civique, impulse des réflexions chez des artistes qui prétendent aussi au titre de citoyens, favorise des expériences artistiques et esthétiques dans des espaces qui,  ne sont pas seulement à voir mais à l’investir.

« Aucune rue, nulle part, n’est d’ailleurs jamais nue. Chaque rue renvoie depuis

longtemps à une appropriation toujours déjà entreprise par les urbanistes, les

habitants du quartiers ou des oeuvres d’art anciennes. Circulations utiles ou flâneries s’y confrontent constamment, quoique dans une souveraine indifférence réciproque. Naturellement, les artistes sont conscients du rôle que joue la disposition de l’œuvre dans un lieu précis. La difficulté de maintenir une oeuvre d’art public dans un lieu montre que l’espace public, déterminé par la commande, reste un espace très conflictuel. La commande affronte (et suscite) des rapports de force, des compromis, des identifications, des projets d’érection et de démolition qui travaillent le corps social. […] »

Christian Ruby, extrait de L’art public, un art de vivre la ville, Bruxelles, La Lettre volée, 2001

 

 

 

La légalité des interventions urbaines

Investir la ville, ses murs, ses trottoirs, ses panneaux publicitaires, n’est pas en soi un acte légal. Lorsqu’ils ne sont pas faits sur des supports autorisés ou commandés, ces interventions constituent, pour le droit pénal français, une « destruction, une dégradation ou une détérioration volontaire d’un bien appartenant à autrui », punie :

- d’une contravention de 5e classe (1 500 € ou plus), s’il n’en résulte qu’un dommage léger (Article R.635-1 du Code Pénal),

- d’une amende pouvant atteindre 30 000 € et d’une punition pouvant atteindre 2 ans d’emprisonnement dans les autres cas (Article 322-1 du Code Pénal).

 

 

 

Quelle réception et pour quels publics ?

Nous pouvons peut-être retrouver au sein de la réception du public cette même

dualité entre tag et autres oeuvres comme celles réalisées par Miss Tic, Nemo… En effet, le tag est souvent considéré comme un acte de vandalisme et recueille

généralement un avis défavorable de la part des habitants et des passants. Or, les personnages de Mesnager, Nemo sont accueillis de manière beaucoup plus favorable. Dans le 5ème arrondissement de Paris, au coeur du quartier Mouffetard, la silhouette noire de Nemo court après la blanche de Mesnager tandis qu’un mur de brasserie arbore fièrement les formes plantureuses du personnage de Miss Tic. Là aussi, nous pouvons nous demander si l’esthétique du beau telle que Kant a pu la développer n’est pas une notion qui imprègne fortement les esprits.

 

Si ces différents projets ne demandent pas « l’avis » des publics, les

« scénographies urbaines » réalisées par Malte Martin les intègrent tout au long du déroulé de l’action. Cela va des emballages des baguettes à ceux des fleurs où l’on peut lire des extraits de poèmes, des citations : les commerçants acceptent ce jeu et se retrouvent intégrés au sein d’un projet. La participation du public devient alors une composante essentielle de ces sculptures urbaines.

 

Nous pouvons également observer un autre type de réception d’une oeuvre : le

collage réalisé par Gérard Zlotykamien dans le cadre du projet M.U.R. n’a pas

bénéficié d’une médiation particulière. Les passants n’étaient pas forcément au

courant de ce détournement, lequel prête ainsi au doute et au questionnement. C’est avec ce fil tranchant, en perpétuel déséquilibre (est-ce de l’art ou de la publicité ?), qu’aiment jouer les artistes. Ne pas savoir ce que c’est ouvre la voie au doute et peutêtre également à l’envie de retourner voir, auquel cas le passant se transforme en spectateur.

 

mai 20, 2008