Extrait de : http://www.polyculture.org/lien9.asp

 

Une résidence d’artistes, de graphistes dans une ville comme Chaumont c’est d’abord des rencontres. Une multitude de rencontres pour croiser le chemin et les regards de ceux qui y habitent. Alors l’image sous toutes ses formes, visuelle, sonore, gestuelle devient ma projection, ma mémoire de ces rencontres.

Dans mes bagages pas d’exposition toute prête à déballer, pas d’image toute faite de cette ville. Ce que j’apporte ce sont des questions : “Quoi de neuf, Denis ?”. Même l’incitation insolente “takalefaire” contient des questions : “Mais quoi ? comment ?”. Un véritable “théâtre des questions”. Des questions qui peuplent nos rencontres. On réagit, on affirme, on doute, on se tait et parfois même on répond et puis…je repose une question.
La création se fait dans cet aller-retour.

Les images qui émergent dans ce processus, donnent la parole, permettent de parler de soi et des autres, de notre rapport au monde. Des images parfois capables de révéler ces moments rares où l’on parle de ses espérances secrètes, ses rêves qu’on décide de partager. De les mettre sur la place publique, là où d’habitude, il n’y a que des signes administratifs ou des messages commerciaux.

Mon envie, c’est de recréer un espace public libre, ouvert, accessible, une sorte d’agora par ce théâtre visuel, qui se construit d’abord dans la relation entre l’artiste et les habitants, et investit ensuite l’espace urbain. Celui ou celle qui participe expose un point de vue, s’expose aussi, prenant le risque d’autres points de vue.

C’est cette redécouverte du rôle émancipateur de l’image qui m’intéresse, qui donne la parole au lieu de l’étouffer. Une tentative de reconquérir l’espace public comme espace d’imagination appartenant à ceux qui y vivent, donnant à voir par ceux qui y habitent.
Installer les visages des jeunes chaumontais portant des citations de Diderot, c’est les laisser investir avec cette présence forte leur propre ville. C’est pouvoir se promener dans la ville en rencontrant des visages humains. Des visages d’ici. Et non pas des sourires qui finissent avec un appel à acheter. Des regards plutôt discrets, une lèvre mordue, un sourire timide.

“takalefaire”, le projet de la deuxième phase de la résidence, va essayer d’investir la ville encore plus largement avec cette vision : remettre le graphisme dans la rue, découvrir la création contemporaine là où on ne l’attend pas, permettre aux citoyens de prendre la parole…par l’image.
Malte Martin

Laisser un commentaire